IL FAUT signaler qu’en France certaines actrices vieillisent bien. Ainsi, Danielle Darrieux, insipide chanteuse d’opérettes cinématographiques, pin-up mièvre, s’est transformée en femme sensible, en actrice de très grand talent. Martine Carol peut être une femme aussi intéressante. Le cinéma français s’adresse surtout à la petite bourgeoise. C’est là la raison de la mièvrerie de ses « vedettes ». Mères de famille au grand coeur brisé, petites filles à la recherche d’un mari, forment le gros du contingent femmes-cinématographiques françaises. Les soi-disant « capiteuses ², les femmes-nues, elles aussi confites de préjugés petit-bourgeois, ne déparent pas cette reluisante galerie. Les femmes françaises sont, en général, petites, et seules les femmes grandes peuvent être réellement belles; elles sont maniérées et, seule, une noble simplicité peut conférer à la femme un profond érotisme cinématographique. Le cinéma français saura-t-il se débarrasser de toutes ces demi-portions malingres?
Brigitte Bardot. est un cas. En effet, rien ne prédisposait cette adorable personne à devenir l’idole de l’univers. Elle est aussi belle que Marina Vlady (par exemple), elle est aussi bien faite que Claudine Auger (par exemple), elle joue aussi bien que Dany Carrel (par exemple), elle est aussi attirante que Magali Noël (par exemple) et pourtant, c’est elle qui emporta le gros lot. Avant d’essayer d’expliquer les raisons de succès, je dois dire que B. B. n’est pas mon type. Elle est pourtant le type de millions de Français, d’Allemands, d’Américains, d Coréens et d’Albanais. Elle est une valeur commerciale sûre et, quand elle se marie avec un play-boy qui laisse sa croix, portée autour du cou, plonger dans le caviar, cela constitue un événement journalistique aussi important que l’arrivée des premières vénusiennes sur la terre.
Le fait est que mademoiselle (dans le cinéma on ne dit jamais madame) Bardot correspond à un tournant du goût universel. Nous entrons avec elle dans une nouvelle ère de l’ingénue perverse. Issue des livres de la comtesse de Ségur, elle affole ingénument les vieux messieurs et, insensible aux tempêtes qu’elle provoque, elle danse parce qu’elle est heureuse d’avoir un corps de petite fille. Telle sa compagne made in U.S.A., Carroll Baker, elle suce son doigt, sans penser à mal, telle Lolita, de qui elle a les attitudes et les réactions, sinon l’âge, elle rassure ceux qui croient n’avoir plus aucune chance d’être aimés. Idole des adultes, Brigitte est la brillante représentante d’une certaine naïveté érotique qui, complémentaire du culte de la « mom », n’est autre chose que le culte de la petite fille.
Lolitas et petites filles modèles, jamais sûres d’être l’un ou l’autre, les imitations, ou plutôt les déesses du même culte, sont légion. Cependant, même celles venues d’Hollywood, comme Ann Margret, Jane Fonda, l’adorable et pleine d’humour Stella Stevens, Sue Lyon (qui fut, elle, Lolita), la plus perverse: Tuesday Weld, Yvette Mimieux et tant d’autres, auront du mal à détrôner leur archétype.
Plus récemment, une autre comédienne française. Mireille Darc, fait nettement dévier la fixation érotique bardotesque. Plus saine, parce que plus consciente de sa féminité, elle est beaucoup moins « un objet ». Est-ce un cas isolé.
source:
Ado KYROU
AMOUR – EROTISME & CINÉMA
Eric LOSFELD
ÉDITEUR
14 rue de verneuil PARIS 7è
