Arachnée s’était fait par son industrie un nom fameux dans les villes de Lydie, quoique, issue
d’une humble famille, elle habitât l’humble Hypaepa.
C’était un plaisir non seulement de voir ses étoffes toutes faites, mais
encore de les lui voir faire (tant il y avait d’habileté dans son travail), soit que, pour commencer, elle enroulât la laine brute en
touffe arrondie, soit qu’elle pressât son ouvrage entre ses doigts et que, tirant à coups répétés sur les flocons semblables à des nuages, elle
les allongeât et les amollît à mesure, soit que, d’un pouce léger, elle fît tourner le fuseau poli, soit qu’elle brodât à l’aiguille; on
reconnaissait qu’elle était l’élève de Pallas. Mais elle le nie et, offensée qu’on la croie formée par une maîtresse pourtant si grande :
« Qu’elle lutte avec moi, dit-elle; vaincue, je me soumets à tout. »
Pallas prend la figure d’une vieille femme, elle
couvre ses tempes de faux cheveux blancs et appuie sur un bâton ses membres affaiblis. Puis elle s’adresse ainsi à Arachné : « La
vieillesse n’a pas seulement pour lot des maux haïssables; sur le tard, les années nous amènent aussi l’expérience. Ne dédaigne pas mon conseil,
aspire à la rétputation d’être entre toutes les mortelles la plus habile à façonner la laine; mais ne prétends pas égaler une déesse; téméraire,
implore d’une voix suppliante le pardon de tes paroles; elle te pardonnera, si tu l’implores. » Arachné jette sur elle des regards farouches;
elle abandonne le fil commencé et, contenant à peine sa main, trahissant sa colère par l’expression de son visage, elle réplique en ces termes
à Pallas qu’elle ne reconnaît pas : « Tu n’as plus ta raison et ta longue vieillesse t’accable; oui, avoir vécu trop longtemps est
un malheur. Si tu as une bru, si tu as une fille, garde pour elles tes discours. Je suis assez sage pour me conseiller moi-même; ne crois pas
que tes avis aient eu le moindre effet; ma résolution n’a pas changé. Pourquoi ne vient-elle pas elle-même? Pourquoi se dérobe-t-elle à la lutte?
» « Elle est venue », dit alors la déesse; et, quittant la figure d’une vieille femme, elle fait apparaître Pallas. Sa divinité
reçoit les hommages des nymphes; seule, la jeune fille n’éprouve aucun effroi; pourtant elle a rougi; mais cette rougeur subite, qui,
malgré elle, a coloré son visage, s’évanouit à son tour; c’est ainsi que l’air se teint de pourpre, dès que l’aurore prend sa course, puis,
au bout de quelques instants, blanchit sous les rayons du soleil levant. Elle persiste dans son dessein et, poussée par sa sotte ambition de
remporter la palme, elle court à sa perte; car la fille de Jupiter ne recule pas, elle ne lui donne plus aucun conseil et ne diffère pas
davantage la lutte.
Aussitôt ells dressent, chacune de son côté, deux métiers et les tendent avec les fils déliés de la chaîne;
le métier est joint à l’aide de la traverse; (1) le roseau (2) sépare les fils de la chaîne; dans l’intervalle, à la suite de la navette aiguë,
s’insère la trame, que dévident les doigts et qui, conduite à travers la chaîne, est serrée par les dents taillées dans le peigne, (3) chaque fois
qu’on le frappe. Toutes deux se hâtent; leurs vêtements ramenés sur la poitrine par une ceinture, elles agitent leurs bras habiles avec une
ardeur qui trompe leur fatigue. Elles emploient pour leurs tissus la pourpre, que Tyr a préparée dans ses vases de bronze, et des couleurs
plus foncées, que distinguent entre elles de légères nuances; tel est, quand les rayons du soleil sont heurtés par la pluie, l’arc dont la
courbe immense se détache sur l’étendue des cieux; il brille de mille couleurs diverses, mais le passage de l’une à l’autre échappe aux yeux
du spectateur, tant ellles sont identiques là où elles se touchent; et pourtant à leurs extrémités elles sont différentes. Aux fils s’entrelace
l’or flexible; sur le tissu se déroulent des histoires des anciens temps…
Ni Pallas, ni l’envie ne pourraient rien trouver à reprendre dans cet ouvrage; la vierge aux blonds cheveux, (4)
irritée d’un tel succès, déchire l’étoffe colorée qui reproduit les fautes des dieux; elle tenait encore à la main sa navette; trois ou
quatre fois elle en frappe le front d’Arachné. L’infortunée ne peut supporter l’ouvrage et, dans son dépit, elle se noue un lacet autour de
la gorge. Elle était pendue, quand Pallas, ayant pitié d’elle, adoucit son destin : « Vis, lui dit-elle, mais reste suspendue, misérable!
je veux que le même châtiment, pour que tu ne comptes pas sur un meilleur avenir, frappe toute ta race et jusqu’à tes neveux les plus reculés.»
Puis, en s’éloignant, elle répand sur elle les sucs d’une herbe choisie par Hécate; (5) aussitôt, touchés par ce poisson funeste, ses
cheveux tombent, et avec eux son nez et ses oreilles; sa tête se rapetisse; tout son corps se réduit; de maigres doigts, qui lui tiennent lieu
de jambes, s’attachent à ses flancs; tout le reste n’est plus qu’un ventre; mais elle en tire encore du fil; devenue araignée, elle s’applique,
comme autrefois, à ses tissus.
Livre VI. Traduction de Georges Lafaye. (Collect. Guillaume Budé, édit.) – 1 – La traverse : La pièce de bois qui réunit les montants du métier.
– 2 – Le roseau : Fixés dans les montants, des tiges de roseau coupées séparent les fils de la chaîne.
– 3 – Le peigne : est encore avec la chaîne, la trame, la navette, une des parties qui composent le métier à tisser à la main.
– 4 – La vierge aux blonds cheveux : Pallas
– 5 – Hécate : Déesse de la lune blafarde, Hécate représente les forces mystérieuses de la nuit; elle était invoquée par les magiciennes.
………. Directions de lecture. ……….
1° – Qu’est-ce qui a donné lieu, selon vous, à la légende d’Arachné?
2° – Montrez que le défaut essentiel d’Arachné est l’orgeuil; que tous ses malheurs viennent de là.
3° – Est-ce qu’en fait Arachné a été l’élève de Pallas?
4° – Se reconnaître l’élève de quelqu’un implique-t-il une infériorité?
5° – Définir les divers sentiments de Pallas à l’égard d’Arachné.
6° – Le fait que Pallas se déguise en vieille femme devrait rendre plus facile le repentir d’Arachné pourquoi?
7° – A quel moment Pallas ne se conduit-elle pas comme devrait le faire une déesse?
8° – Pourquoi Pallas a-t-elle pitié d’Arachnée?
9° – Délimiter les trois scènes contenues dans ce récit donner à chacune un titre.
10° – Qu’est-ce qui donne à la première un caractère tragique, à la seconde un caractère réaliste, à la troisième un caractère
merveilleux?
………. LES MÉTAMORPHOSES ……….
Le poète latin Ovide, qui vivait au premier siècle de notre ère, rivalisant avec de nombreux poètes grecs et latins, s’était plu à rassembler dans un poème de quinze chants les légendes mythologiques ayant trait à la transformation d’êtres humains en animaux ou en végétaux, par punition des fautes qu’ils avaient commises envers les dieux. Le poète ne voyait sans doute dans ces légendes que des fictions qui lui permettaient de donner libre cours à son imagination; c’étaient, pour lui, des « contes de fées » qui se prêtaient admirablement à être mis en vers. Voici l’un de ces contes de fées.
1° – Ecrivez quinze mots commençant par ann, comme année, et dix mots commençant par an (non nasal), comme anecdote.
source
LIBRAIRIE HACHETTE
LES NOUVEAUX
TEXTES
FRANAIS
ENSEIGNEMENT DU SECOND DEGRÉ
CLASSE DE QUATRÈME
J.-R. CHEVAILLIER, Inspecteur général de l’Education nationale.
P. AUDIAT, Agrégé, Directeur ès lettres.
E. AUMEUNIER, Professeur d’Ecole suérieur.
ARAIGNÉE
(Latin , aranea; grec, arachné )
Les araignées. – Arachnides. – Araignée. – Aragne. – Argyronète (araignée d’eau). – Faucheur. – Mygale (creuse des terriers). – Tarentule.
– Galéode (d’Afrique). – Epeire (des jardins).
Aranéides (fileuses). – Filière (organe). – Filandre (fil). – Toile d’araignée.
Relatif à l’araignée. – Arachné (changée en araignée). – Arachnéen.
– Aranéeux (couvert de toiles d’araigné). – Membrane arachnoïde. – Pattes d’araignée. – Aranéographie.
DICTIONNAIRE
ANALOGIQUE
Répertoire moderne
Des mots par les idées
Des idées par les mots.
par M. Charles MAQUET
agrégé de grammaire
LIBRAIRIE LAROUSSE
1. ARAIGNÉE : (la toile de l’araignée) – arachnéen : qui est propre à l’araignée – aranéides : subdivision de la classe des araignées. – aragne :
ancien nom de l’araignée –
arachnoïde : nom de l’une des trois membranes qui enveloppent le cerveau – arachnoïdien : qui a la finesse d’une toile d’araignée, qui appartient à l’arachnoïde.
2. MUSARAIGNE : ( du latin : mus, rat; aranea, araignée) : petit insectivore de la grosseur d’une souris (la musaraigne rend de grands services à l’agriculture).
DICTIONNAIRE
ÉTYMOLOGIQUE
DE LA
LANGUE FRANÇAISE
L. LEBRUN & J. TOISOUL
LIBRAIRIE FERNAND NATHAN
Liens Utiles
Jacob Xavier SCHMUZER
