Le sourire de Brigitte by Lucie RAUZIER-FONTAYNE Hachette Idéal-Bibliothèque n°119 Dépôt légal 1960
Présentation de l’Editeur
C‘EST avec joie que l’on retrouve ici Brigitte, la charmante héroïne de L’Invitée de Camargue, un des plus grands succès de Lucie Rauzier-Fontayne.
Brigitte est devenue surveillante à la pension Bénézet, où on lui a confié les élèves les plus indisciplinées, les « démons de la C2 ». On peut dire qu’elles lui donnent du fil à retordre! Brigitte se demande si elle en viendra jamais à bout, mais ne se décourage pas : où la sévérité a échoué, elle s’efforce d’employer la patience, la compréhension, l’amitié. Aidée par son grand cousin Vincent, elle voudrait bien
organiser, pour les rebelles, un camp de vacances dans sa chère Camargue…
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FICHE TECHNIQUE DU LIVRE
Edition : HACHETTE
Collection : Idéal-Bibliothèque
Numéro de référence : 119
ILLUSTRATIONS DE FRANÇOIS BATET
Couleurs pleine page hors-texte annotées et,
couleurs et noir & blanc in texte.
Oui c’était un paradis, répondit-elle enfin. p. 21
Une véritable avalanche dégringola l’escalier. p. 29
« Chaque plateau chargé de friandises fut salué par des exclamations enthousiastes. p. 61
« D’où m’appelles-tu? » page 73
Elles considéraient avec étonnement ces cabanes. p. 88 & 89
Mademoiselle Lauret est dans l’une des cabanes. p. 115
Jusqu’au flamant rose empaillé. p. 123
… Elle courait à travers la sansouïre. p. 133
Je vois… « articula Mamé », les yeux agrandis de stupeur. p. 145
Vincent accourut au-devant d’elle. p. 152 & 153
Brigitte retourna au camp avec Ratou p. 157
La plus ravissante Provençale. p. 181
Elles te rendent bien ton amitié, assura-t-il. p. 185
55332 – I – 2046. Dépôt légal n° 2323. 4e trimestre 1960
Imprimé en France par Brodard-Taupin, Imprimeur – Rlieur. Coulommiers – Paris.
© Librairie Hachette, 1960.
Tous droits de traduction, de reproduction
et d’adaptation réservés pour tous pays.
Reliure : Relié sur cartonnage à dos rond. fers spéciaux.
BRODARD ET TAUPIN RELIURE
Présentation sous jaquette à double volets avec texte, illustrée couleurs recto & verso
Imprimé en France
par BOUCHY – Paris
Livre épuisé chez l’Editeur
EXTRAIT Le sourire de Brigitte, by Lucie RAUZIER-FONTAYNE page 17
TROIS semaines s’étaient écoulées, trois semaines pénibles pour Brigitte, que la déception de ne recevoir aucune réponse de Sylvestral attristait chaque jour davantage, mais éclairées pourtant, de temps à autre, par un petit fait encourageant : découverte de quelque fillette particulièrement sympathique, ou conversation amicale et réconfortante avec Colette.
Son travail de surveillante lui paraissait plus aisé que les cours de français à la classe de quatrième. Certes, les « agneaux bêlants », selon l’expression de Françoise, ne se laissaient pas toujours entraîner par les « mauvaises têtes », mais ces dernières lui donnaient bien du mal, en particulier les trois filles aperçues le jour de son arrivée, alors qu’elles allaient déposer dans sa chambre le fameux billet de… bienvenue! Claudie, la brunette aux nattes raides, la blonde Jacqueline et, surtout, Françoise, la redoutable Françoise, la « dure » de la pension.
Insolence, dissipation, remarques ironiques ou malveillantes, fous rires sans cause ou aigres disputes mettaient à rude épreuve la patience de leur jeune professeur.
Ce soir-là, Brigitte veillait encore, malgré l’heure tardive, pour terminer la correction des compositions françaises.
« Décrivez la maison de vos rêves » : tel était le sujet facile et banal qu’elle avait donné à traiter à ses élèves.
Brigitte s’attendait à trouver dans les devoirs des descriptions fastidieuses ou des lieux communs rebattus : « La petite maison blanche aux volets verts… La fumée bleue qui sort de la cheminée… Le petit jardin plein de modestes violettes et de petits oiseaux qui gazouillent. »
Et, certes, quelques compositions contenaient, en effet, ces naïfs clichés. D’autres aussi – celle de Françoise, par exemple – montraient un visible parti pris de banalité. Correct et ennuyeux, ce devoir dissimulait farouchement la personnalité de la petite fille. Mais les autres rédactions, qui laissaient clairement deviner les sentiments de leurs auteurs, bouleversèrent Brigitte.
« La seule maison dont je rêve, écrivait Claudie, est celle qui ne serait pas une pension. Belle ou laide, que m’importe! Ce que je souhaite, c’est vivre en famille : un père, une mère, quelques frères et sœurs… c’est tout. Mais quand on est orpheline, ce rêve n’est pas réalisable… »
« Je voudrais avoir un magnifique château, disait Monique (suivait la description d’un palais des Mille et une Nuits). Là, ajoutait-elle, je donnerais de grandes fêtes, où je serais la plus belle et la plus enviée… »
« Je déteste les maisons, déclarait Nadine, toutes les maisons, car je m’y sens prisonnière. La seule qui me plairait serait une roulotte, errant au gré de mon caprice. » Et la fillette décrivait cette roulotte qui emporterait, dans sa course vagabonde à travers le monde, une créature éprise d’espace et de liberté.
« O ma Bretagne, traçait la plume nostalgique de Maryvonne, c’est sur ta terre chérie que je voudrais bâtir ma maison, dans la lande fleurie d’ajoncs… tout près de la mer! La mer! Quand on l’aime comme je l’aime, quelle souffrance d’en être éloignée! » Et la fille d’Armor terminait par cette phrase déchirante : « Vivre loin de la mer, ce n’est pas vivre! »
« Mes parents sont partis dans un pays où ils ne pouvaient m’emmener, lisait-on dans la rédaction de Danielle. Alors, comment ne pas rêver d’une maison où ils seraient bientôt de retour et où je les rejoindrais? Hélas! ajoutait-elle après avoir décrit un heureux foyer, ils ne reviennent pas et jeunesse s’écoule entre les murs d’une pension.»
Brigitte ne corrigea que la forme des devoirs et se borna à relever les fautes d’orthographe… elle aurait eu trop de remarques à faire en ce qui concernait le fond. Puis, lentement, elle rassembla les copies en paquet. Un bien petit paquet, si lourd pourtant de nostalgie, d’amertume, de désir d’évasion, et, parfois, de vanité et d’égoïsme!
Longtemps, elle demeura immobile à le contempler. Un profond silence régnait dans la grande maison endormie. On n’entendait que le bruit lointain des rares voitures qui passaient dans une avenue voisine.
Brigitte, le cœur serré, réfléchissait. Comment aider ces enfants, dont les devoirs venaient de lui révéler qu’elles n’étaient pas heureuses? Que faire pour une orpheline, comme Claudie, une exilée, comme Maryvonne, pour une Danielle, que l’éloignement de chers parents rendait si triste, et pour toutes celles dont elle ne connaissait pas encore les soucis ou les peines? Comment leur apporter la joie et la gaieté que réclamait leur âge?
Et comment, aussi, lutter contre les défauts des « mauvais éléments »? Ces défauts qui empoisonnaient l’atmosphère de la classe et désolaient directrice, surveillantes et professeurs?
Oui, comment faire, quand on est une fille pleine de bonne volonté, mais trop jeune et tellement inexpérimentée?
Les heures passaient et Brigitte demeurait accoudée à sa table, le visage dans ses mains, cherchant dans la prière des forces et une inspiration.
Mais lorsque au-dehors une horloge sonna deux heures du matin, elle se redressa lentement, pleine d’une paix, d’une lucidité, d’une joie extraordinaires… et elle souriait, car elle avait trouvé une idée.
« Il nous reste un peu de temps avant la cloche, dit Brigitte, à la fin de la classe. Si vous voulez, je commencerai à vous raconter une hisoire et nous pourrons la continuer chaque fois que vous l’aurez mérité par votre bonne tenue. »
Les filles prirent un air étonné. Une histoire?
Qu’est-ce que cette petite Brigitte (les élèves appelaient, entre elles, leur jeune maîtresse par son prénom)… Qu’est-ce que Brigitte pouvait bien avoir à raconter d’intéressant?
Du fond de la classe, Françoise cria à haute voix :
« Vous nous prenez pour des enfants en bas âge? »
Tandis que Jacqueline et Monique se poussaient du coude en ricanant.
Toutefois, la curiosité l’emportant, elles firent silence et écoutèrent.
Dans l’histoire, dont Brigitte avait soigneusement mis au point le canevas, il n’était question que de vie en plein air, dans la lumière et la chaleur de l’été, en Camargue, où campaient ses héroïnes. La narratrice contait ces aventures avec tant d’entrain et d’humour, elle parlait de ce pays avec un tel enthousiasme, que les filles réclamèrent chaque jour « la suite » et qu’un matin Claudie s’écria :
« C’est donc un paradis, cette Camargue? »
Brigitte ne répondit pas tout de suite. En un éclair, elle évoqua ce paradis qu’elle rêvait d’offrir à ces enfants qui levaient vers elle des regards avides où se lisait la nostalgie du grand air, de l’espace, de la liberté. Elle les voyait déjà s’ébattant dans la plaine sauvage. Elle les imaginait échevelées par le vent marin qui faisait onduler les immenses roselières des marais desséchés. Là-bas, parmi les grasses salicornes et les saladelles mauves, un des bras du Rhône roulait vers la mer des eaux apaisées où s’abreuvaient les taureaux des manades et les petits chevaux sarrasins… C’est là qu’elle les emmènerait vivre parmi les gens des mas qu’elle connaissait et qui les accueilleraient comme des amies.
Elle les imaginait surtout (mais n’était-ce pas une folie de songer à cela!) reçues dans une longue maison blanche, devant laquelle les pins parasols, tordus par le vent, poursuivaient sans trêve leur murmurante chanson.
Là-bas, tout serait sourire autour d’elles et, peut-être, dans ce climat de gaieté et d’amitié, le grand vent de Camargue, ce vent chargé de senteurs marines, balaierait-il la peine ou la nostalgie des meilleures, la mauvaise volonté et les faiblesses des plus difficiles.
La voix de Claudie, répétant sa question, la tira brusquement de son rêve.
« C’est donc un paradis, cette Camargue? »
Reproduction interdite
| PRODUCT DETAILS | |
|---|---|
| Publisher | HACHETTE IDEAL-BIBLIOTHEQUE |
| Numéro de Référence | 119 |
| Dépôt Légal | Dépôt légal n° 2323. 4e trimestre 1960 |
| Language | Français |
| Paperback | 189 pages |
| Table des Matières | Oui |
| ISBN-10 | Non |
| EAN Code Barre | Non |
| Item Weight | 360 g |
| Dimensions | 150 x 205 x 15 mm |
| LIENS UTILES | |
|---|---|
| COLLECTION | HACHETTE Idéal-Bibliothèque pelline ivoire. |
Du même Auteur
| Lucie RAUZIER-FONTAYNE | https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucie_Rauzier-Fontayne |
|---|
Illustrations
François BATET
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