BOURNAZEL l’Homme rouge, by Jean d’ESME Editions G.P. Paris Bibliothèque Rouge et Or Souveraine 1959
Présentation de l’Editeur
Issu d’une vieille famille corrézienne, fils et petit-fils de militaires, Henry de BOURNAZEL ne vécut que pour servir. Il passa, sur la terre, comme l’un de ces êtres tout donnés à une vocation et entra dans l’armée ainsi que d’autres entrent en religion.
C’est au Maroc, offert à notre effort par Lyautey et menacé par la dissidence d’Abd el Krim, que le jeune officier de cavalerie se fit connaître, puis s’illustra pendant la campagne du Riff.
Jean d’Esme peint, en des pages étincelantes, l’ascendant de ce remarquable chef sur les troupes indigènes au cours d’une guerre faite de surprises, d’embuscades, de coups de main hardits et de situations changeant d’heure en heure.
BOURNAZEL fut jusqu’à son dernier jour l’homme des goums: prodigieux entraîneur, pacificateur humain, parfaitement compréhensif du milieu indigène.
Magnifiquement évoqué, le double rôle de BOURNAZEL dans la pacification comme dans la guerre est non seulement une haute leçon de courage, mais une leçon de grandeur que l’Histoire retiendra. Les illustrations incisives de Raoul Auger soulignent encore ce texte passionnant.
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FICHE TECHNIQUE DU LIVRE
EDITION : EDITIONS G. P. 80, RUE SAINT-LAZARE – PARIS (9è)
ILLUSTRATIONS DE LOUIS BONNELLI
Couleurs pleine page in texte annotées, et.
noir & blanc in texte.
Il venait rêver au bord de l’étang de Bournazel. page 21
Nous arrivâmes en première ligne… page 29
Il fit un panache impressionnant et manqua d’y laisser sa vie. page 53
Les dissidents sont en perpétuelle alerte… page 73
Il arriva seul au sommet de la crête… page 97
Sur ses épaules flottait un immense burnous rouge. page 125
Bournazel reconstruit Rissani… page 157
Il galope souvent seul à travers la palmeraie. page 159
Ce livre
est le cent trente-neuvième de la
BIBLIOTHÈQUE
ROUGE ET OR
Série « SOUVERAINE »
Il a été achevé d’imprimer
en Février 1959 pour les
EDITIONS G. P. A PARIS
sur les presses de
La Photolith – L. Delaporte
Dépôt légal N° 639.
C. O. L. 11.0282 Photogravure S. T. O.
© 1959 Editions G. P. – Paris.
PRINTED IN FRANCE.
Reliure : Pelline ivoire, dos orné, plat décoré au balancier..
BRODARD ET TAUPIN RELIURE
Livre épuisé chez l’Editeur.
EXTRAIT BOURNAZEL l’Homme rouge, by Jean d’ESME page 26

A défaut de pouvoir s’y faire, il en prend, du moins, son parti avec bonne humeur et cette sorte de gouaille désinvolte avec quoi il accueille et accueillera toujours l’inévitable.
Infiniment moins philosophique et moins résignée, demeure sa réaction en face de l’inaction. Est-ce donc pour cela qu’il a renoncé à ses études et à ses diplômes? Quitter Versailles pour se hâter vers le front et échouer à Brissac pour y croupir, quelle dérision!
Durant quoi, la guerre fait rage et la bataille de Verdun se déclenche et déroule ses péripéties; durant quoi toujours, les hommes continuent de souffrir, de tomber et de mourir… et, parmi eux, Louis d’Auzac le propre oncle d’Henry! « Un Français de notre sang – écrit-il à sa mère dès qu’il reçoit la nouvelle de cette mort – ne peut mourir autre part qu’à la tête de ses troupes! » Et lui qui n’aspire qu’à se battre, le voici prisonnier dans un dépôt!… Telle une bête en cage, il cherche à se glisser entre les barreaux qui l’enferment.
Il cherche tous les moyens de s’échapper, de monter
en ligne…
Il passe brillamment son examen de mitrailleur. Il tente de se glisser dans un détachement désigné pour l’armée d’Orient, est affecté durant
quelques jours au 84e d’infanterie, s’apprête à partir, lorsqu’une décision ministérielle interdit l’envoi en Orient des hommes n’ayant pas vingt ans. Réintégré au
4e hussards, son exaspération atteint au paroxysme. Les lettres de sa mère se succèdent, chaque fois plus violentes, plus amères. « Je suis littéralement navré,
désolé. Aucune épithète ne pourrait qualifier mon dépit. Trop jeune! Est-ce là une excuse quand on veut servir la France? » – « Je ne veux pas rester en
arrière tandis que tous mes parents sont au front et je ne veux pas être embarqué dans la cavalerie, tandis que mes parents morts dans l’infanterie réclament vengeance!
» – « Je suis décidé à participer à la grande offensive (1917) et si, vu mon tour de départ qui n’est pas dans les premiers, on ne me laissait pas y aller, je
quitterais le 4e hussards… »
Dans sa fureur et pour échapper au croupissement physique et intellectuel, il se jette à corps perdu dans le travail;
sur l’instance de sa mère, il accepte de se présenter au concours de Saint-Cyr.
A peine les épreuves terminées et avant qu’on en puisse connaître les
résultats, il est enfin, le 27 mai, affecté au 66e régiment d’infanterie et envoyé au front, avec un détachement de renfort. Il y arrive le 10 juin 1917, harassé par
un voyage de deux jours, fourbu par une dernière étape de douze kilomètres faite à pied sous une chaleur torride avec le poids du « barda » complet sur les
épaules, mais ravi, radieux, il crie sa joie. Muté au 4e hussards, il écrit!
« Enfin me voici au front. Je monte aux tranchées demain matin! »
C’est près de Reims qu’il fait ses premières armes et connaît le baptême du feu. Il « prend » les tranchées dès le lendemain de son arrivée dans le secteur. Relève de nuit, comme il sied. En une longue marche chenillante, on a gagné les lignes lentement, avec tout le « barda » sur les reins. On a traversé de pauvres villages ravagés, vides et sinistres avec leurs rues bordées de décombres et de maisons en ruine, on a longé des champs désertés que les obus ont grêlés de monstrueux entonnoirs; les heures ont coulé, interminables, harassantes, et les kilomètres ont succédé aux kilomètres. Le jour s’est éteint pour faire place aux ténèbres. Avec elles est né un monde nouveau que l’on a découvert avec une sorte de stupeur: le bruit du canon proche s’est affirmé parce qu’on en prenait plus nettement conscience dans l’isolement de la nuit. En même temps se précisait toute une vie insoupçonnée: le ciel s’illuminant de loin en loin sous l’éphémère et filant sillage des fusées éclairantes; tout un côté de l’horizon baigné dans un halo pourpre où éclatent, brutaux, les « départs » des grosses pièces d’artillerie.
Puis, dans l’obscurité maintenant, la marche a repris, hésitante, traversée d’avertissements passant de bouche en bouche, au long de la file des hommes: « Gare au trou d’obus. » – « Tronc d’arbre sur la droite. » – « Le lieutenant fait dire, pas tant de bruit là derrière. » – Et enfin: « Attention, voilà le boyau. » Un à un, on est descendu dans l’étroit chemin zigzaguant entre ses frêles murailles de terre. On y a tâtonné sa route, se heurtant aux parois, butant contre les camarades. Brusquement, enfin, on a débouché dans la tranchée en première ligne, accueilli par les inévitables protestations des « copains » qu’on est venu relever. « Ben, vous voilà! c’est pas trop tôt! » Un étrange émoi au fond du cœur, on a exploré l’étroit fossé qui, durant tant d’heures et de jours, constituera désormais tout son monde; on s’est précipité, avec une curiosité anxieuse, aux créneaux de ce parapet au-delà duquel, à quelques dizaines de mètres, se terrait l’ennemi. Et on n’a vu que de la nuit que hachaient les coups de clarté éphémères et livides des fusées… Alors, on a guetté l’aube – la première aube dans la tranchée – pour découvrir, à travers l’étroite fente d’un créneau, un lugubre lambeau de « no man’s land » ravagé, grêlé de trous d’obus, hérissé d’un double réseau de barbelés et de chevaux de frise marquant les lignes adverses.
Tel a été, pour chacun d’entre nous, comme pour Henry de Bournazel, en ces années de « guerre de position », ce premier contact avec la vie de tranchée.
Très vite, il découvrira les autres aspects de cette vie singulière; les bombardements par les gros noirs et les torpilles, les alertes aux gaz, la garde aux créneaux, les nuits au fond des abris dans la touffeur empuantie d’une atmosphère confinée, les sommeils troublés par la familiarité des rats et hachés par les rentrées et les sorties des camarades opérant les relèves de la garde, les heures passées sous le dur soleil, toujours face au même coin de paysage sinistre et vide.
Avide d’espace et de mouvement, Henry obtiendra d’être choisi comme agent de liaison. C’est une autre expérience vers laquelle le pousse son goût du risque, cette étrange soif d’émotions puissantes, qui lui fait dire, avec une sorte d’âpre volupté, aux pires moments où la mort le menace: « C’est un peu terrifiant! C’est la vie rêvée! »
On sent que ces indstants n’ont été pour lui qu’un moment particulièrement savoureux de sa vie et qu’il les a pleinement goûtés!
Quelques jours après, son tour de permission arrive, il part pour Bournazel où il retrouvera les siens. A peine y est-il arrivé qu’une dépêche officielle lui annonce son admission à Saint-Cyr. Ragagnant aussitôt les armées, il arrive au front pour récolter ses galons de brigadier, le 20 juillet 1917, et deux semaines plus tard, le 5 août, il entre à l’École spéciale militaire pour y recevoir sa formation d’officier.
Il y restera huit mois… jusqu’en mars 1918. La France traverse l’une des périodes les plus sombres et les plus critiques de son Histoire. L’offensive « Nivelle » n’a pas obtenu la percée définitive qu’on escomptait. Les pertes sanglantes qu’elle nous a coûtées ont provoqué, tant à l’arrière que dans les armées, un relâchement du ressort moral comme de la volonté de lutte de la nation.
Coup sur coup, avec une violence accrue, les offensives allemandes se sont succédé, remportant d’importants succès: déroute des troupes italiennes à Caporetto, annihilation des forces roumaines, capitulation des armées russes, révolution et abdication du Tsar, triomphe des Bolcheviks et Traité de paix séparé de Brest-Litowsk. Toute la puissance allemande se reporte contre nos lignes et pèse de son poids formidable sur nos destinées.
Dans le tumulte des événements, au milieu de la lourde angoisse qui s’appesantit sur le pays, Henry de Bournazel travaille à forger son âme. Parmi ses camarades de l’Ecole, il jouit du prestige de ses galons de brigadier conquis au front; il les captive aussi et surtout par les oppositions mêmes de sa nature. C’est un être tout de contraste, capable de violence aussi bien que de douceur charmeuse et de bonté profonde; et prenant déjà conscience de cet ascendant qu’il exerce autour de lui et qui le remplit d’une secrète satisfaction, le jeune saint-cyrien acquiert une assurance qui lui manquait jusque-là.
Sans même qu’il s’en doute naît en son âme ce goût et ce besoin de dominer, d’entraîner, qui formeront l’un des traits essentiels de son caractère.
Reproduction interdite
| PRODUCT DETAILS | |
|---|---|
| Publisher | EDITIONS G. P. PARIS BIBLIOTHÈQUE ROUGE ET OR Série Souveraine | Numéro de Référence | Néant |
| Dépôt Légal | Dépôt légal N° 639. |
| Language | Français |
| Paperback | 186 pages |
| Table des Matières | Oui |
| ISBN-10 | Non |
| EAN Code Barre | Non |
| Item Weight | 386 g |
| Dimensions | 155 x 205 x 16 mm |
| LIENS UTILES | |
|---|---|
| FORUM LIVRES D’ENFANTS | Rouge et Or, auteurs, titres, séries, etc Bibliothèque Rouge & Or Souveraine: Bibliographie Dim 19 Déc 2010 – 23:35 par Invité |
Illustrations
Louis BONNELLI
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