21 – LA PETITE SOURIS. Page 63
(Une petite souris rôde souvent dans un atelier de couture; on est allé chercher un gros chat chez une voisine, mais le chat n’a jamais vu de souris.)
I. La petite souris se doutait du danger. Elle montra plusieurs fois son fin museau entre le mur et le dessus de la cheminée, mais elle n’osa pas aller plus loin. Puis, comme le gros chat dormait toujours, elle s’enhardit et traversa l’atelier pour gagner * la cuisine.
Elle recommença les jours suivants. Elle passait toute menue et vive, avec sa jolie robe grise…
Pourtant le chat l’aperçut, il sauta lourdement de sa planche et s’en alla derrière elle dans la cuisine. Il revint peu après mais son allure * était changée. Il avançait avec précaution et tout son corps s’allongeait, ses yeux étaient plus jaunes aussi, et il étirait longuement ses griffes. Il fit encore le tour de l’atelier mais au lieu de retourner à son casier, il se plaça sous un tabouret tout près de la cheminée. Il avait l’air de dormir, le nez sur ses pattes, mais l’une ou l’autre de ses oreilles restait constamment dressée et l’on voyait une raie claire entre ses paupières.
2. La petite souris ne se pressait pas de revenir et personne ne pensait plus à elle ni au chat, lorsqu’on entendit un cri si fin et si long que toutes les machines s’arrêtèrent et que tout le monde regarda vers le tabouret.
Le chat y était encore, mais il se tenait couché sur le côté et, sous l’une de ses pattes, allongée, la queue de la souris dépassait et traînait comme un bout de cordon noir. Presque aussitôt le cordon noir s’agita et la souris s’échappa. Elle n’alla pas loin, le chat lui barra la route et la retourana d’un coup de patte. Elle resta un instant comme morte, puis elle essaya de filer vers la cuisine; le chat se trouva encore devant elle.
Alors, elle s’affola; elle voulait fuir n’importe où et n’importe comment; elle tournait ou se lançait dans toutes les directions, et toujours d’un coup de griffes, le chat la ramenait dans l’atelier.
3. Il y eut un moment où l’on crut qu’elle allait se résigner à mourir, tant elle était tremblante et affaissée. Mais soudain elle fit face au bourreau. Elle s’était dressée si vite que son élan avait failli la renverser en arrière; elle resta debout toute frémissante *, en agitant ses pattes de devant, tandis que sa petite gueule saignante laissait échapper des cris variés et suivis. Puis comme si elle eût mesuré * d’un coup toute sa faiblesse et compris que rien ne pouvait la sauver, elle vacilla * et tomba en poussant une plainte aiguë. Et cela fut si pitoyable qu’une ouvrière saisit le chat par le milieu du dos et le jeta sur la table.
Il redescendit très vite, mais la souris n’était plus là.
Marguerite AUDOUX « Atelier de Marie-Claire »
Fasquelle, édit.
………. I. – LE SENTIMENT GÉNÉRAL ……….
– – Ce récit n’est-il pas parfois agréable? N’est-il pas aussi cruel?.
………. II. – LA LECTURE ……….
– Étudiez avec soin le passage où l’on voit le chat à l’affût : « Il avançait avec précaution… » N’oubliez pas les liaisons qui sont nombreuses. Ne faites pas la liaison en lisant : « plus jeunes aussi. »
………. III. – LES MOTS ET LES EXPRESSIONS ……….
Gagner : atteindre – allure : façon d’aller, de marcher – frémissante : tremblante de peur – (comme si elle eût) mesuré sa faiblesse : pris conscience de sa faiblesse – vacilla : chancella.
………. IV. – QUESTIONS SUR LE TEXTE ……….
1. Quels détails montrent que l’allure du chat était changée?
2. Que fait d’abord la souris ? Qu’essaie-t-elle ensuite?
3. Quel sentiment éprouvez-vous à la fin du récit?
source
LIBRAIRIE DELAGRAVE
CHOIX DE
LECTURES
COURS MOYEN 1re ANNÉE M. POURON Inspecteur général de L’Instruction publique.
Mme PICARD E. LEROY
Inspecteurs de l’Enseignement Primaire de la Seine.
