Ma vie d’enfant by Maxime GORKI Calmann-Lévy Collection Pourpre 1941
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FICHE TECHNIQUE DU LIVRE
Edition : Calmann Pourpre
COLLECTION POURPRE
TRADUIT DU RUSSE, D’APRÈS LE MANUSCRIT PAR
SERGE PERSKY
Imprimé en France
BRODARD & TAUPIN
Paris-Coulommiers
275 – 4 – 1491.
Tous droits de traduction, de reproduction
et d’adaptation réservés pour tous pays.
Reliure : Reliure élégante et solide en simili-cuir pourpre avec titre doré au dos.
Présentation sous jaquette illustrée en quatre couleurs par Pierre LISSAC.
Livre épuisé chez l’Editeur
EXTRAIT Ma vie d’enfant, by Maxime GORKI page : 40

Maintenant, je vivais de nouveau avec grand-mère comme sur le bateau; tous les soirs, avant de nous endormir, elle me
racontait des histoires ou me narrait certains épisodes de sa vie, qui était elle aussi semblable à un conte. Des affaires d’argent de la famille, du partage de la fortune, de l’achat d’une nouvelle demeure pour elle et son mari, elle parlait en riant, comme une étrangère ou une voisine, et non pas comme une personne occupant par rang d’âge la deuxième place dans la maison.
Elle m’apprit que Tziganok était un enfant trouvé; on l’avait découvert jadis exposé sur un banc, sous un portrail, par une nuit pluvieuse de printemps.
– Il était là, enveloppé dans un tablier, contait grand-mère d’une voix mystérieuse et pensive; il ne criait presque plus; il était déjà tout engourdi.
– Pourquoi abandonne-t-on ainsi les enfants?
– Parce que la mère n’a pas de lait, ou qu’elle n’a pas de quoi les nourrir; elle apprend que dans telle ou telle famille un enfant est né et qu’il est mort; elle vient apporter le sien en cachette à ces gens-là.
Après quelques minutes de silence, elle se gratta la tête, soupira et reprit en regardant au plafond :
– Tout cela vient de la pauvreté, Alexis; il existe de telles misères qu’on ne saurait les dépeindre. Certains proclament aussi qu’une fille non mariée ne doit pas avoir d’enfants, et que c’est une
honte pour elle. Grand-père voulait porter Tziganok à la police, mais je l’en ai dissuadé. Je lui ai dit : » Gardons-le, c’est Dieu qui nous l’envoie pour remplacer ceux qui sont morts ». J’ai eu dix-huit enfants; s’ils étaient tous vivant, ils peupleraient une rue entière; pense donc, dix-huit maisons! On m’a marié à quatorze ans, vois-tu, et à quinze ans j’étais déjà mère. Mais Dieu a aimé le fruit de ma chair, et, les uns après les autres, il m’a pris mes petits pour en faire des anges. Je les regrette et suis heureuse en même temps!
Assise au bord du lit, vêtue seulement de sa chemise, ses cheveux noirs éparpillés, elle était énorme et hirsute comme certaine ourse qu’un paysan avait dernièrement amenée des forêts de Sergatch et qu’il nous avait montrée dans la cour. Grand-mère fait le signe de croix sur sa poitrine blanche comme la neige, rit tout bas, et se balance :
– Il a rappelé les meilleurs et il m’a laissé les méchants. J’ai été très heureuse qu’on ait trouvé Tziganok, j’aime tant les petits enfants. Nous l’avons recueilli et baptisé et il est devenu un brave garçon. Au commencement je l’appelaiHanneton; il bourdonnait si drôlement qu’il me faisait penser à cet insecte; oui, tout comme un hanneton, il rampait et bourdonnait partout. Il faut l’aimer, c’est une bonne âme!
J’aimais Tziganok et il me rendait muet d’étonnement.
Le samedi, lorsque grand-père était parti à vêpres après avoir fouetté les enfants qui avaient failli pendant la semaine, on se livrait à la cuisine à des divertissements extraordinaires : Tziganok allait chercher derrière le poêle des blattes noires; il confectionnait vivement un harnais avec des bouts de fil, découpait un traîneau dans du carton, et bientôt un attelage de quatre coursiers arpentait le plancher jaune et bien raboté. Tziganok dirigeait la marche, au moyen d’un petit bâton, et il criait d’une voix excitée :
– Ils vont chercher l’archevêque!
Il possédait aussi des petites souris qui, à son commandement, se dresaient et marchaient sur les pattes de derrière, en traînant après elles leur longue queue et en regardant drôlement de leurs yeux noirs et ronds comme des perles. Tziganok traitait ses élèves avec beaucoup de sollicitude; il les portait dans sa blouse, leur donnait à croquer des miettes de sucre qu’il tenait entre ses lèvres, les embrassait et déclarait d’un ton convaincu :
– Les souris sont des êtres intelligents et caressants; les lutins les aiment beaucoup! Aussi, ceux qui nourrissent les souris sont-ils très bien vus des lutins!
Tziganok savait faire toutes sortes de tours avec des cartes ou des pièces de monnaie; il criait plus fort que les enfants dont il ne se distinguait pas.
Un jour qu’ils jouaient aux cartes tous ensemble, les petits gagnèrent plusieurs fois de suite et Tziganok en fut très affecté; il prit même un air vexé, refusa de continuer la partie et, en reniflant, vint vers moi se plaindre de la chose :
– Ils se sont donné le mot, j’en suis sûr! Ils se faisaient signe de l’œil, ils se sont glissé des cartes sous la table. Ce n’est pas jouer, cela! Moi aussi, je sais tricher, si je veux…
Il avait dix-neuf ans et il était plus grand que nous quatre tous ensemble. Je me le remémore surtout tel qu’il était les soirs de fête et les dimanches. Lorsque grand-père et l’oncle Mikhaïl étaient partis en visite, l’oncle Jacob, toujours ébouriffé et échevelé, venait à la cuisine et apportait sa guitare. Grand-mère organisait un thé; elle offrait des gâteaux en quantité et une certaine eau-de-vie contenue dans une bouteille carrée et verte dont les flancs étaient artistement ornés de fleurs de verre rouge coulées à l’intérieur. Tziganok tourbillonnait comme une toupie. Le contremaître survenait sans bruit et les verres de ses lunettes noires scintillaient avec un éclat atténué. Eugénie, la bonne d’enfant, grosse et pansue, pareille à une cruche, à la trogne rouge et grêlée, aux yeux rusés, à la voix de trompette, était également toujours de la partie. Parfois venaient aussi le diacre de l’église de l’Assomption, bonhomme hirsute et antipathique, et d’autres personnages encore, qui me semblaient visqueux et noirs, pareils à des brochets ou à des lottes.
mangeait et on buvait beaucoup; on respirait avec bruit; les enfants avaient droit à des friandises, ainsi qu’à un petit verre de liqueur douce; et peu à peu, une animation ardente, mais étrange, s’emparait de tous.
L’oncle Jacob accordait sa guitare avec des attentions d’amoureux, en suite de quoi il proférait ces paroles, toujours les mêmes :
– Maintenant, je vais commencer!
Secouant ses cheveux bouclés, il se penchait sur son instrument et tendait le cou comme une oie; son visage rond et insouciant prenait un air endormi; ses yeux au regard vif et insaisissable s’éteignaient dans des replis de chair adipeuse. Et, pinçant doucement les cordes, il jouait une mélodie mélancolique qui empoignait l’auditoire.
Sa musique exigeait un silence absolu; pareille à un ruisseau impétueux, elle accourait de loin, on ne savait d’où; elle s’infiltrait à travers le plancher et les murs; elle agitait les cœurs et faisait naître un sentiment incompréhensible, composé à la fois de tristesse et d’inquiétude. En entendant ces airs, on avait pitié de soi-même et des autres; les grandes personnes semblaient redevenues enfants; tout le monde demeurait immobile, submergé dans un silence méditatif et profond.
Reproduction interdite
| PRODUCT DETAILS | |
|---|---|
| Publisher | CALMANN LEVY COLLECTION POURPRE |
| Numéro de Référence | |
| Editeur | BRODARD & TAUPIN Paris-Coulommiers 275 – 4 – 1491. |
| Language | Traduit du russe d’après le manuscrit par SEGE PERSKY |
| Paperback | 256 pages |
| Table des Matières | Non |
| ISBN-10 | Non |
| EAN Code Barre | Non |
| Item Weight | 215 g |
| Dimensions | 120 x 170 x 18 mm |
| Maxime GORKI | https://fr.wikipedia.org/wiki/Maxime_Gorki |
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