Peau-de-Pêche by Gabriel MAURIERE Hachette Idéal-Bibliothèque n°165 Dépôt légal 1958
Présentation de l’Editeur
ORPHELIN de père et de mère, le petit Charlot, à dix ans, mendiait dans les rues de Paris. Et quand elle jugeait la recette de la journée trop maigre, la femme qui l’avait recueilli à contrecœur ne se privait pas de punir le pauvre enfant. Mais si Charlot acceptait de mendier, il n’en était pas pour cela un voleur.
A la suite de quelles circonstances le gamin des faubourgs se trouva transformé en petit paysan régnant sur tout un peuple d’animaux dans une ferme champenoise, c’est une des surprises que réserve cette histoire. Surnommé Peau-de-Pêche par ses camarades de classe en raison de son teint délicat, Charlot voit s’ouvrir devant lui une nouvelle vie. Si tout n’y est pas rose – une ferme, quand on y travaille, n’est pas le paradis que peuvent imaginer les petits citadins – Peau-de-Pêche a maintenant le droit d’être fier de la sienne : il a une maison, une famille, un avenir…
G. jusqu’à 14 ans
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FICHE TECHNIQUE DU LIVRE
Edition : HACHETTE
Numéro de référence 165
Collection : Idéal-Bibliothèque
ILLUSTRATIONS DE JACQUES PECNARD
Couleurs pleine page hors-texte annotées et,
couleurs et noir & blanc in texte.
Me voici à mon poste, et le cortège paraît. p. 9
Elle m’emmena chez elle. p. 13
Une gifle de lumière nous frappa au visage. p. 33
Je saluai militairement. p. 45
Mon oncle debout, semblable à un roi franc… p. 65
Je ne fus pas long à descendre. p. 72 & 73
Je m’annexai Pierrot. p. 77
Le château était si muet, si fermé. p. 99
Au bout de mon fil se tordait un poisson. p. 103
… des soldats qui réclamaient les passeports… p. 119
Le soldat arrivait à toute vitesse. p. 127
Ils dansaient bien. p. 159
« Allons, Charlot, c’est Paname!… ». p. 168 & 169
Impossible de voir un militaire sans le faire boire ou manger. p. 179
I – 7855 Dépôt légal n° 6737 – 4e trimestre 1958.
IMPRIME EN BELGIQUE
par la S. I. R. E. C. – LIEGE
I-7854
© Librairie Gédalge, 1946
et
© Librairie Hachette, 1958
Tous droits de traduction, de reproduction
et d’adaptation réservés pour tous pays.
Reliure : relié sur cartonnage à dos rond, fers spéciaux.
Présentation sous Jaquette illustrée couleurs à double volets avec texte.
Imprimé en Belgique
par la S.I.R.E.C., Liège
Livre épuisé chez l’Editeur
EXTRAIT Peau-de-pêche by Gabriel MAURIÈRE page 113

C‘EST à ce moment-là qu’un matin je trouvai ma tante en larmes.
Le facteur venait de passer. Une lettre était ouverte sur la table. Lucie sanglotait.
« Il faut aller rechercher le père tout de suite. Il est à la croix des Sept-Voies. »
Je me hâtai de partir à bicyclette, gardant dans ma tête les paroles de ma tante pour les bien répéter :
« Tu lui diras qu’Albert est blessé, qu’on nous écrit de l’hôpital de Châlons, et qu’il faudrait peut-être aller le voir… Et revenir tout de suite. »
Je ne traînai pas, comme vous pensez bien. Albert blessé… Je ne l’avais vu qu’une fois, il y avait quatre ou cinq mois de cela, au cours de sa dernière permission et je l’avais suivi comme un chien. Tous les enfants de ce temps-là se collaient à la botte des soldats, se frottant à eux, imitant leurs manières, effrayés et envieux de leur vie, fascinés par leurs récits. C’est incroyable comment, à douze ans, je rêvais sapes, mines profondes qui faisaient sauter les ennemis écartelés, joyeux bombardements qui chassaient les adversaires comme des lapins – et je voyais précisément des lapins fuyant devant Tom et devant moi -, balles qui tombaient comme la grêle, avions, tanks formidables, tout un attirail invincible qui écrasait l’ennemi. Ah! c’est bien dans l’imagination des enfants que la guerre fut fraîche et joyeuse!
Je ne devais pas tarder à voir les choses autrement.
Quand j’abordai l’oncle, je balbutiai, essoufflé :
« N’onque, il faudrait revenir. Parce que Albert… il est à l’hôpital.
– Mon Dieu! Il est blessé.
– Oui.
– C’est lui qui a écrit? »
Je n’en savais rien. Un instinct me fit répondre : oui. Mon oncle parut soulagé.
« Alors si c’est ça, il n’est pas mort. »
Je regardai le visage de mon oncle. Sa grosse moustache tremblait. Je le vois dételant la charrue, puis rattelant Pierrot à la petite voiture, lentement et avec soin comme d’habitude. J’ai toujours admiré chez lui ce calme qu’il conservait dans les moments les plus graves. A peine toucha-t-il du fouet Pierrot : et je reconnus par là son émotion, car il ne le faisait jamais.
On rentra vite. Je regardai la lettre, datée des armées. Hôpital temporaire 129; je revois l’écriture rapide : non, ce n’était pas Albert qui avait écrit, mais un scribe de là-bas. Il transmettait le désir du soldat de voir ses parents. L’administration les autorisait à venir.
« Ce n’est pas bon signe! » dit tout haut mon oncle, en reprenant le papier, tâchant de deviner, comme si c’était possible, entre ces lignes indifférentes, le sort de son fils.
« Ils ne pourraient pas dire quelque chose, enfin, donner des détails! gémissait la mère Dupré.
– Ah! malheur!
– Alors t’y vas? demanda ma tante. Tu n’es guère « libre » pour monter dans le train, avec ta jambe. »
Je voyais bien qu’elle avait grande envie de se rendre elle-même à Chalons; et, d’ailleurs, il était impossible qu’ils s’en allassent tous les deux. Seulement, voyager si loin seule, demander son chemin, trouvder l’hôpital lui semblait un monde de difficultés. Tout à coup, mon oncle soupira :
« Emmène Peau-de-Pêche! »
Je faillis crier dans mon coin et – je l’avoue à ma honte – de contentement. Ce que c’est qu’un enfant!
« Peau-de-Pêche? répéta ma tante.
– Oui, il est débrouillard et n’a pas la langue dans sa poche. Et pour les trains…
– Alors, et moi? Je ne verrai pas Albert! »
Lucie se lamentait…
« Il faut que quelqu’un reste ici pour faire la soupe… Et puis c’est bien loin… On enverra tout de suite des nouvelles… Et puis tu as du rhume depuis quatre jours, et ce n’est pas prudent… »
Enfin, après des discussions, je m’habillai. On partit à midi trente. Je n’avais pas pris le train depuis dix-huit mois… Je pensais au blessé.
« L’hôpital, ça me connaît… disais-je à ma tante. On y est bien… »
Nous étions dans un compartiment bondé de soldats. Peau-de-Pêche s’en allait aux armées! Il y avait un petit frémissement en moi. J’avais les billets. Je prenais au sérieux mon rôle de protecteur. Je tournais, comme Tom, autour de ma tante.
« Ma tante, ici, il y a de la place… Ma tante, attention à la machine qui manœuvre… Ma tante, donne-moi ce paquet… »
Je sus lui trouver un coin, en parlementant avec un zouave. Et nous partîmes.
Ah! non, ils n’allaient pas vite les trains, en ce temps-là! Je ne m’en plaignais pas trop. Je fis connaissance avec tout le compartiment, et presque avec le wagon, et mes questions faisaient rire les soldats, bien que ce ne soit pas la direction gaie, Châlons!
Je les revois : c’étaient presque tous des paysans qui remontaient là-haut; ils n’avaient pas l’air joyeux en général, sauf deux jeunes qui tiraient de leur musette des litres pleins et qui crânaient parce que le vin les soulevait. Les autres somnolaient ou mangeaient silencieusement en se passant leurs provisions. Un vieux, avec des fils blancs dans la barbe, me donna des noix fraîchement écalées et un morceau de gâteau de ménage. Je n’avais pas faim, mais je mangeai : ce cadeau d’un poilu, cette fraternité ainsi établie, me transportèrent.
Je me mis à causer. Les deux jeunes, qui étaient des Parisiens et qui reconnurent sans doute mon accent de Belle-ville, me firent jacasser, ce qui n’était pas difficile, et le peu de « niôle » qu’ils ajoutèrent à leurs avances me déliait bien la langue. Je me sentais à niveau. Je parlais d’obus, de grenades, de mines et d’attaques. Je parlais comme un journal. Je sentais monter en moi le goût de la guerre, du sacrifice, du danger. Je redevenais le petit gars de Charonne et revivais l’ardeur guerrière des combats devant la concierge. Visiblement, mon bavardage amusait les hommes et tout à coup, comme il m’arrivait dans les moments d’enthousiasme où la vanité de paraître me faisait dérailler, je m’écriai, les yeux brillants :
« C’est chic! tout de même. Moi, si j’y étais, ce que ça péterait! »
Mais soudain, j’ai entendu le vieux poilu. Il s’arrêta de manger et me regarda :
« C’est pour que vous n’y alliez pas, vous autres, qu’on s’y colle. Pense à c’te femme-là qui est là, et à ce qu’elle va trouver peut-être », ajouta-t-il tout bas, en montrant ma tante.
Je sentis la douche; et les deux faubouriens aussi.
« On blague comme ça. Faut bien s’étourdir. Sans ça, on ne marcherait pas… »
Je croyais ma tante endormie parce qu’elle avait les yeux clos… Entre les cils joints, je vis paraître une larme qui descendit sur sa joue.
« Faut pas se désoler avant qu’il soit temps », reprit le vieux.
Et des histoires de guérisons, de résurrections, vinrent la soutenir.
A Mailly, deux femmes montèrent qui allaient aussi voir leurs hommes; elles parlèrent de leurs malheurs et de leurs travaux et ma pauvre tante en fut un peu distraite de son chagrin. Moi, je regardais par la portière : c’était la plaine de Champagne déjà toute garnie de petits traits de seigle. Je m’amusais à deviner les villages au loin, parmi ces grandes traînées de verdure qui descendent des côtes, le long des ruisseaux où les files de peupliers semblent des colonnes en marche… Tout près de la voie, c’étaient des hangars d’aviation, des parcs d’artillerie, des baraquements innombrables : partout des soldats. Parfois un avion bourdonnant frôlait le train comme une guêpe; des files de camions sans fin sur les routes étaient suivies d’une traînée de poussière qui semblait faire derrière elles une voile triangulaire et flottante.
Reproduction interdite
| PRODUCT DETAILS | |
|---|---|
| Publisher | HACHETTE IDEAL-BIBLIOTHEQUE |
| Numéro de Référence | 165 |
| Dépôt Légal | Dépôt légal n° 6737 – 4e trimestre 1958. |
| Language | Français |
| Paperback | 190 pages |
| Table des Matières | Oui |
| ISBN-10 | Non |
| EAN Code Barre | Non |
| Item Weight | 366 g |
| Dimensions | 145 x 205 x 16 mm |
| LIENS UTILES | |
|---|---|
| COLLECTION | HACHETTE Idéal-Bibliothèque pelline ivoire. |
Illustrations
Jacques PECNARD
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